Déchainées pour la justice en Haiti, elles dénoncent Ottawa

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Cette année, un événement sans précédent eut lieu le jour de la fête du Canada, à Ottawa. Un groupe de Canadiens répondit au défi lancé par un compatriote d’organiser le tout premier «Coin de l’orateur pour rendre le Canada meilleur». Lancé sur Facebook et Twitter, le 16 juin 2019, ce défi invita des orateurs à venir le 1er juillet à Ottawa «dire la vérité sur l’apartheid qui sévit sur le territoire occupé d’Haïti, en plein 2019».

Comme je l’ai expliqué à plusieurs dizaines de participants et d’auditeurs curieux qui sont passés devant l’ambassade américaine, sur la Promenade Sussex, ce lundi 1er juillet 2019, l’inspiration vient d’un cher ami, le regretté Dr. Patrick Élie. Le professeur de biochimie, décédé en février 2016, a déjà fait une tournée pancanadienne au cours de laquelle il a parlé avec passion du besoin urgent d’un changement radical de la politique canadienne envers Haïti.

Lors de ses conférences, le Dr Élie, qui a déjà servi dans le gouvernement du président haïtien élu démocratiquement, Jean-Bertrand Aristide, s’est souvent vu demander: «Que devraient faire des Canadiens bien intentionnés pour aider Haïti? Invariablement, il répondait: «Soyez un bon citoyen de votre propre pays».

En effet, quiconque aurait assisté aux conférences de Patrick Élie ou qui visionnât l’un des bons documentaires sur l’histoire récente d’Haïti saisirait rapidement le message profond véhiculé par cette phrase. Un bon citoyen canadien est un citoyen qui exerce des droits et remplit des obligations qui contribuent à faire du Canada une force du bien dans le monde.

Depuis près de deux décennies, un groupe de Canadiens tente de faire progresser la politique canadienne à l’égard d’Haïti. Malheureusement, les faits objectifs ne révèlent aucun succès majeur à ce jour. Comme en témoignent les croix ornées de drapeaux canadien, français et américain qu’ils traînent, le dos courbé, lors de multiples manifestations de rue, des Haïtiens appauvris dénoncent constamment le Canada, les États-Unis et la France pour le rôle primordial qu’ils jouent dans le maintien d’un régime dictatorial néo-Tonton Macoute en Haïti.

Divers chercheurs ont documenté avec des preuves troublantes que l’Europe, les États-Unis et le Canada continuent de promouvoir un système officieux d’apartheid politique, social et économique sur le territoire Haïtien. À l’instar de l’occupation d’Haïti par les États-Unis entre 1915 et 1934, la plupart des autochtones rejettent les “présidents”, “sénateurs”, “ministres” imposés de manière violente qui sont vus comme de simples marionnettes à “peau noire masque blanc” aux mains des forces étrangères (principalement des “Blancs”) qui détiennent un contrôle effectif sur les 27 750 kilomètres carrés reconnus sous le nom de République d’Haïti. Cela concorde également avec les décisions prises lors de la scandaleuse réunion de planification de coup d’état, tenue le 31 janvier 2003 sous le nom de code Initiative d’Ottawa sur Haïti.

Quel était donc l’intérêt de répéter un message qui a été systématiquement ignoré par les décideurs canadiens en matière de politique étrangère, depuis le coup d’État du 29 février 2004?

Le sujet me tient naturellement à cœur, car je suis Africain, originaire d’Haïti, Canadien et citoyen de la planète Terre qui aspire à un monde meilleur. Les 30000 Haïtiens tués et un million d’autres victimes endommagées par la contagion du choléra (amenée sur l’île par les troupes étrangères déployées illégalement) ont beaucoup d’ADN en partage avec moi. Les millions de personnes qui ne font que survivre sur l’île sous le régime néo-Tonton Macoute imposé par les étrangers méritent notre solidarité véritable.

Le 1er juillet 2019, Jo, une “Grand-maman déchaînée” qui avait déjà participé à des événements du Réseau canadien de solidarité avec Haïti en 2004-2006, était avec nous devant l’ambassade américaine pour relever le défi. Il en était de même pour Mimi, une élégante musicienne aux cheveux gris, qui parle avec affection de son Petit-Goave natal, où elle aurait passé ses vieux jours, ne fussent les crimes du régime néo-Tonton Macoute que nos impôts soutiennent en Haïti.

Deux camionnettes sont arrivées de Montréal avec des activistes pacifistes et anti-impérialistes, dont Frantz André, Jenny-Laure Sully, Marie Dimanche, des amis de la nation Algonquine Anishinaabe et de nombreux autres camarades de divers milieux et expériences.

Avons-nous réussi, comme par magie, à rendre le Canada meilleur avec nos discours, avec les dépliants que nous avons distribués sur les fonds Petro Caribe détournés par Michel Martelly, Jovenel Moise et cie., avec des informations fiables sur les crimes récents du régime tels le Massacre de La Saline et l’Assassinat du journaliste Pétion Rospide, le 10 juin 2019?

Les dirigeants des partis fédéraux canadiens répondront-ils à notre appel en faveur d’une position de principe sur Haïti avant les élections d’octobre? Les reporters de CBC-Radio Canada décideront-ils enfin d’élucider la raison pour laquelle les jeunes Haïtiens trainent cette croix qui nous fait honte à tous, sur le dos? Je suis incapable de répondre à ces questions avec un certain degré de confiance. Cependant, je me sens honoré de m’être tenu debout aux côtés des damnés de la terre, aux côtés de Darlène, Kevin, Simone, Turenne, Raymond, Mimi, Jo, Marie, Jean-Claude, Frantz, Jenny-Laure, Pierre ainsi que des dizaines de camarades, en ce 1er juillet 2019.

Tandis que certains jeunes hommes physiquement bien portant choisissent de se cacher sous leur lit, il y a de ces belles dames aux cheveux gris qui apportent toujours des larmes de joie et de fierté à mes yeux, en ces jours sombres. Stoïques elles se tiennent au premier plan des luttes pour la justice et la paix dans le monde. Oui! Je me sens chanceux, au cours de mon demi-siècle passé sur terre, d’avoir côtoyé nombre de ces héroïnes dans les rues de Port-au-Prince, Miami, Montréal, Ottawa, Halifax, Victoria, Vancouver et Toronto.

Lors de notre action de solidarité avec la Résistance haïtienne, Mme Arboite, une octogénaire de digne prestance, a parlé de son désir ardent de retrouver la chaleur d’Haïti. Tandis que le camarade Frantz André mentionnait ce même désir de retourner à la terre natale chez sa mère, je songeais à la mienne, nonagénaire cette année, dont les larmes nostalgiques m’ont souvent fois troublées. Nos yeux jaloux ont vus comment, dans les rues de La Havane, les dames de 90 ans parcourent les rues paisiblement, sans souci, même après minuit. Alors, pourquoi nos mamans Haïtiennes ne pourraient-elles pas, elles aussi, passer leurs derniers jours en paix sous le manguier qu’elles ont planté de leurs propres mains? Pourquoi, je vous le demande, monsieur Trudeau? Pourquoi appuyez-vous une occupation étrangère désastreuse et criminelle d’Haiti, assistée par des bandits locaux qui furent installés au pouvoir par la fraude?

À Ottawa, j’eu l’honneur de côtoyer une héroïne inoubliable qui se nommait Mary Skerrett. Comme Jo, Mary fut aussi du nombre des “Grands-mamans déchainées”. Mary a non seulement accompagné son fils Kevin en Haïti pour enquêter sur la situation après le coup d’État, elle vint avec nous à Caracas, au Vénézuéla, lors du Forum social mondial de 2006, membre de la délégation haïtiano-canadienne. Sa boîte de documents d’accès à l’information sur l’Initiative d’Ottawa sur Haiti, la réunion de complot de coup d’Etat, me rappelle constamment que le Canada est aussi un pays fantastique, habité par des citoyens courageux et adorables.

Frère Patrick, en ce 1er juillet 2019, nous avions tenté d’être de bons citoyens. Reposes-toi donc en paix, cher camarade. Fidèles à ton rêve, tes soeurs, tes frères et tes Grands-mamans bien-aimées ont encore la décence de se déchainer contre la laideur des impérialistes, des minables et des lâches!

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